and what good it does in cities, Death’s own
greenhouses,
or in the army’s killing fields, I heard
a voice
left over from my childhood
when I still believed the things I learn’d
were true and I wanted to be an astronomer,
an alchemist,
to summon friends out of the sky who would
come to me,
when I hungered
for the proofs of love
revealed in how the figures of desire
behaved
who were ranged in columns of women and
men before me,
when I was shownthe
beautiful entanglements
of the ordinary, words you could trip over,
how you could drown in maps and sea charts and
climb up the diagrams of geometry toadd, divideand
actually make love with angels I could try to measure
while I tried to make them aid me,
when I saw them sitting
there above the world
and heard the astronomerwherehe busily lectured
in my heart with much confidence
about the eternal animals aloft that feed on all our dying,
our death rattles sound like applause to them,
while we in the lecture room of cathedrals praise them –
how soon I lost
faith in my gematria,
all the tricks, the unaccountable chemistry of fear,
failure, I became suddenly just a plain man trying to talk,
tired and sick but
telling the truth, till the moon was rising
and gliding over the
rooftops of Brooklyn, out over
the wooden water-towers of Manhattan,
I loved
them, those stalwart minarets of the only true religion,
on every roof!old wood, old water,
I wander’d off by myself,
in all that was left
of the mystical, the ordinary moist
night-air that all
of us, woman and man, easy could breathe,
breathe and breed and tell the truth from time to time,
I let myself be one among the ones around me,
let myself touch and be touched, and if I had a word
I gave it to you, you all around me, the ones who look’d up
and saw me standing in front of them, gibbering
and spouting my poesy, seeming to have something
of portent to tell them, some word that was in perfect
marriage between them and myself or myselves,
whoever I thought myself to be at that moment,
but instead of hearkening they would turn in silence
and smile at me and touch me lightly on the lip or the hand
and with their whole arm point tenderly upwards
saying Brother, Lover, those are just thestars.
14
March 2005
Note: When in 1950 I heard Norbert Wiener lecture on
cybernetics and the transcendence of human intelligence, heard him in the very
precincts of the Brooklyn Philosophical Society where Whitman had heard the
learned astronomer in 1865, last year of the War, I knew I had to deal with
Whitman’s poem I had just gotten to know, deal with coming out from the
lecture, coming out into the world of the human, coming out into the stars. I
thank Olivier Brossard for summoning me to fulfil an obligation I had left
neglected for half a century.
The present
text inveigles words of my own, to say my own confusions, into Whitman’s text,
without changing at all the order of his words (printed here in italics). The
reader is free to discard all my words, and readers who do so will be left with
the pure Whitman text, fresh as ever.
And
here is my poem, translated into french with amazing skill by marc chenetier,
who preserved both my meanings and the literal continuity of whitman’s
original :
Pour Walt Whitman, habitant
de ma ville,
cette imprégnation de son
plus DELICIEUX poème.
Quand
je voulus apprendre dans quelles circonstances survient la poésie
et le bien qu’elle peut apporter aux villes, ces forceries de la Mort,
ou sur les champs de
massacre de l’armée, j’entendis une
voix
qui me demeurait de
l’enfance
du temps que je
croyais encore vrai le savant bagage
alors acquis
et que je voulais
devenir astronome, alchimiste,
pour exiger d’amis au
ciel qu’ils vinssent me rejoindre,
quand
ardemment je souhaitai que me fussent révélées les preuvesde l’amour
par la façon dont se
comportaient les nombresde ceux qui
désirent
lorsqu’ils furent alignés en colonnesde femmes et
d’hommes devant moi,
quand me furent montrés lesmagnifiques enchevêtrements
de l’ordinaire, des
mots sur lesquels trébucher,
comme on peut se
noyer dans les cartes, les courbes
des portulans et
escalader les diagrammes de la géométrie pourajouter,
diviser et
faire tout de bon
l’amour avec des anges dont je pouvais tenter de prendre la mesure
alors que je les
appelais à mon secours,
quand
je les vis assis, tout en surplomb du
monde, et que
j’entendis l’astronome achever son propos,adressé
avec force
à
mon cœur en toute confiance
traitant des animaux
éternels qui, là-haut, se repaissent de nos incessantes morts,
nos râles ultimes
n’étant pour eux qu’applaudissements,
alors que nous
chantons leurs louanges dans la salle de
conférencesdes cathédrales—
tout à coup, de
brutale façon, je perdis foi en ma gématrie—
tous ces tours,l’inexplicable
chimie de la crainte,
les échecs—, jeme
sentis soudain comme un homme ordinaire qui tente de parler,
fourbu et nauséeux,mais dit la vérité ; sortant bientôt à pas feutrés,lalune s’éleva
doucement
au-dessus de Brooklyn, loin au-dessus
des châteaux d’eau en
bois sur les toits de Manhattan, et je les aimais
tant,
ces vaillants minarets de la seule vraie religion,
dressés
sur chaque toit ! bois ancien, eau ancienne,
je m’éloignai tout seul, au hasard,
dans
tout ce qui restait de l’air nocturne
humide, ordinaire
et plein de mystère que chacun d’entre nous, femme et homme,
pourrait aisément respirer,
respirer et engendrer
pour dire la vérité de temps à autre,
je me permis d’être un parmi ceux qui m’entouraient,
me permis de toucher et d’être touché, et si j’avais un mot
je vous le donnai, à vous tous qui m’entouriez, tous ceux qui, levant les yeux,
me voyaient debout devant eux, débagoulant
et crachotant mes poésies, l’air d’avoir quelque chose
de prodigieux à leur dire, un mot qui dît parfaitement
les épousailles qui les unissaient à mon moi ou à mes mois,
à qui que je crusse être en cet instant,
mais aulieu de me prêter
l’oreille ils se détournaient, silencieux,
me souriaient, touchaient d’un doigt léger ma main ou bien ma lèvre,
et pointant tendrement leur bras tendu vers les hauts,
me disaient Frère, Amant, ce ne sont là que les étoiles.
14 mars 2005
Note : Quand, en 1950, j’entendis Norbert Wiener
donner une conférence sur la cybernétique et la capacité qu’a l’intelligence
humaine de tout transcender, l’entendis parler dans les locaux mêmes de la
Société Philosophique de Brooklyn où Whitman avait entendu lui-même parler le
savant astronome en 1865, la dernière année de la Guerre, je compris qu’il me
faudrait faire quelque chose du poème de Whitman que je venais de découvrir,
quelque chose du fait d’être ressorti de cette conférence, de m’être retrouvé
dans le monde des humains, de m’être retrouvé parmi les étoiles. Je remercie
Olivier Brossard de m’avoir enjoint de remplir une obligation que je négligeais
depuis un demi-siècle.
Le présent texte entraîne des
mots qui sont les miens, pour donner voix à mes propres confusions, dans le
texte de Whitman, sans changer le moins du monde l’ordre de ses mots (ici
composés en italiques). Le lecteur est libre de rejeter tous mes mots ; à
qui le fera, il restera le texte de Whitman dans toute sa pureté, toute sa
fraîcheur.
and here for convenience :
Whitman’s Original :
When I Heard the
Learn'd Astronomer
by Walt
Whitman
When I
heard the learn'd astronomer,
When the
proofs, the figures, were ranged in columns before me,
When I
was shown the charts and diagrams, to add, divide, and measure them,
When I
sitting heard the astronomer where he lectured with much applause in the
lecture-room,
How soon
unaccountable I became tired and sick,
Till
rising and gliding out I wander'd off by myself,
In the
mystical moist night-air, and from time to time,
Look'd up
in perfect silence at the stars.
***
Translation by Jacques Darras.
« Quand j’eus entendu parler le savant
astronome ».
Quand j’eus entendu
parler le savant astronome,
Quand les preuves,
les calculs, furent alignés en colonnes devant moi,
Quand on m’eut montré
les graphiques, les diagrammes, pour les additions, divisions et autres
mesures,
Quand de mon banc
j’eus entendu le savant astronome finir sa conférence sous les applaudissements
de l’auditoire,
J’éprouvai tout à
coup inexplicablement une nausée, une lassitude,
Et m’éclipsant sans
bruit m’en allai dehors tout seul,
Dans l’air de la nuit
humide et mystérieux, et de temps à autre,
Levai les yeux dans
un silence total en direction des étoiles.
***
Marc Chénetier's version of Whitman’s poem, as reconstituted from
fragments interspersed in the translated text :
Quandj’entendisle savant astronome,
quandles preuves, les nombres
furent alignés en colonnes devant moi,
quand
me furent montrés les courbes et diagrammes,
pourajouter, diviser et
prendre la mesure,
quandassis j’entendis l’astronome
achever son propos
avec
force applaudissements dans la salle de conférences,
tout
à coupde façon inexplicablejeme sentisfourbu et nauséeux ;
sortant
bientôt à pas feutrés,je
m’éloignai tout seul, au hasard, dans l’air nocturne humide et plein de
mystère, de temps à autre
levant les yeux, parfaitementsilencieux, versles étoiles.